Les ressources du Fury Club
KIT : LANCER SON CLUB D'AMBASSADEUR·ICES

Préambule :
L'idée de ce kit est d'outiller les salles qui souhaitent créer un club d'ambassadeur·ices. Chaque projet de médiation est unique et répond aux logiques propres à chaque territoire. Vous pouvez piocher des éléments qui vous semblent pertinents dans ce kit. Ce kit a pour objectif de donner des étapes clés et des idées pour lancer son club. Il est constitué d'exemples issues des salles du Fury Club ou d'autres régions, ainsi que du travail d'observation de l'équipe du RMC.
Introduction :
En 2021, le Centre National du Cinéma et de l'image animée (CNC) a mis en place un fonds pour “le développement de la cinéphilie du public jeune (15-25 ans)”. En faisant le constat que les publics 15-25 ans fréquentaient moins les salles de cinéma Art et Essai et qu’ils regardaient davantage de films américains que de films français. En profitant du dispositif Pass Culture, le CNC a décidé d’encourager les salles de cinéma à proposer des actions de programmation, de communication, d’éducation et d’animation à destination des publics 15-25 ans. Ils ont récompensé les cinémas ayant mené ce type d’actions par une aide allant jusqu'à seize mille euros. L’initiative du CNC a permis de créer une dynamique autour des actions 15-25 ans sur l’ensemble du territoire et de mettre en avant l’importance d’attirer ce public jeune dans les salles de cinéma. En 2024, le CNC a lancé le dispositif "Jeunes Ambassadeurs du Cinéma", qui est maintenant coordonné par l’AFCAE. Dans ce cadre, 33 structures sont accompagnées durant trois ans par le CNC avec l’ambition de coordonner les initiatives de milliers de jeunes ambassadeur·ices sur l’ensemble du territoire. De plus, il existe un nouveau label « 15-25 ans » dans le classement art et essai. Ce label est attribué aux cinémas qui mettent en place des actions spécifiques de communication et d’animation à destination du public jeune et au profit des films d’art et essai : par exemple, l’organisation d’ateliers d’écriture, des concours de critiques de films, l’organisation par les jeunes de soirées, de mini-festivals, la pratique d’analyse de films, etc.
En Auvergne-Rhône-Alpes, le Réseau Médiation Cinéma et les salles qui le composent développent des groupes d'ambassadeur·ices depuis plus de 15 ans. C'est un sujet phare et complexe des médiations à destination des publics jeunes. Le RMC a accompagné des salles dans la création de leurs clubs, mais a aussi été témoin d'une grande variété de situations : certains clubs perdurent, mais d'autres ont été suspendus. Depuis 2025, le RMC coordonne le projet du Fury Club, qui met en lien les salles animant un groupe ou qui sont en voie de lancer un club de jeunes. Le concept d'ambassadeur·ices peut faire peur, et c'est la raison pour laquelle le RMC le définit volontairement de manière large (avoir deux personnes entre 12 et 25 qui s'impliquent au moins deux fois dans l'année dans l'organisation d'une séance). Le but étant d'accueillir toutes les salles. De plus, le statut de "salle observatrice" permet à qui le souhaite de rejoindre le Fury Club. Nous souhaitons ainsi rappeler que le concept "d'ambassadeur·ice" est propre à chaque salle et qu'il existe autant de clubs que de salles de cinéma.
Animer son club
Préambule :
Ce kit a pour objectif d’offrir des outils, des idées et pistes de réflexions, inspirés de pratiques, lectures, échanges et expérimentations autour de l’animation d’un groupe de jeunes de 12 à 25 ans.
Introduction : animer un club, de quoi parle-t-on ?
À l’heure où l’animation d’un club de jeunes ambassadeur·ices cinéma s’impose comme une des actions incontournables à destination des publics 12-25 ans, les expérimentations et le travail de terrain soulèvent des interrogations car les moyens alloués à ce dispositif peinent parfois à répondre aux objectifs initiaux. Avant de proposer des conseils et exemples clés en main pour enrichir l’animation d’un groupe, nous souhaitons remettre en contexte et en perspective le dispositif ambassadeur·ices.
Constituer un groupe d’ambassadeur·ices relève d’un projet de participation des publics et plus précisément de publics jeunes à l’échelle locale. Dans le secteur cinématographique, le travail auprès des 15-25 a mis l’accent avec le dispositif Ambassadeurs jeunes du CNC en 2024 sur la création et l’animation d’un groupe, afin de créer du lien entre une salle art et essai et les jeunes du territoire.
Depuis le début des années 2010, des salles de cinéma en région Auvergne-Rhône-Alpes créent, animent l’animation d’un club d’ambassadeur·ices. D’une année à l’autre les clubs continuent d’expérimenter, certains s’arrêtent, modifient la formule mais tous apportent à l’expérience du réseau. Autant de salles que d’histoires, autant de médiateur·ices que de contextes ! Seulement, cette médiation reste engageante et chronophage.
Quels moyens et objectifs ?
L’engagement des jeunes, bénévole et volontaire, implique qu’ils n’ont pas assurément conscience de l’ensemble des enjeux liés à l’exploitation cinématographique. De plus, l’animation d’un club demande une connaissance claire des objectifs et des moyens à mettre en œuvre.
Le sociologue Thomas Legon, qui a notamment travaillé sur le dispositif RMCM (mené de 2015 à 2017 dans la Région Rhône-Alpes – les prémices du Réseau Médiation Cinéma) montre qu’il y a une cristallisation progressive des projets des salles autour du « moyen ambassadeurs ». Il explique que ce « moyen » (le groupe) s’impose comme la forme évidente, sans pour autant être systématiquement mis en lien avec l’objectif de départ de la salle. Pourtant, il n’est pas nécessairement le moyen le plus pertinent et efficace pour répondre à certains objectifs.
Cette focalisation sur les groupes d’ambassadeur·ices s’explique par un prolongement des pratiques bénévoles dans les salles Art & Essai, des enjeux de dynamisation de la fréquentation des publics jeunes, des soutiens financiers institutionnels axés sur du hors temps scolaire, des croyances sur les capacités de prescription des jeunes et d’une vision homogène de la jeunesse et de leurs pratiques culturelles. Le sociologue souligne « Le succès de l’idée des groupes d’ambassadeurs repose moins sur leur efficacité réelle à atteindre les objectifs poursuivis que sur la croyance selon laquelle les seuls moyens de convaincre « les jeunes d’aujourd’hui » sont de les faire participer (à la vie du cinéma, à la programmation…) et de mobiliser la prescription horizontale » (Legon, 2019). Ainsi, la bonne tenue du « moyen ambassadeur » peut devenir l’objectif principal des médiateur·ices.
C’est pourquoi, le sociologue invite à délimiter et définir au mieux les objectifs liés aux 15-25 ans pour les salles et de déterminer si le « moyen » ambassadeur·ices permet de les réaliser. Comment le recrutement d’ambassadeur·ices permet-il la réalisation de l’objectif ?
Démocratisation culturelle et culture cinéphile
Les projets d’ambassadeur·ices, participatifs et innovants, font parfois écho à la démocratisation culturelle, c’est à dire : « La volonté d’étendre au plus grand nombre le rapport à la culture qui caractérise les plus détenteurs de capital culturel (et de l’étendre notamment à celles et ceux qui sont vus comme les plus « éloignés », ici les jeunes) (Bourdieu, 1979 ; Dubois, 2012). » (Legon, 2019).
Dans le cadre spécifique de l’exploitation cinématographique, il s’agit de démocratiser le cinéma et les films art et essai, la culture cinéphile, et de développer un regard critique sur les œuvres et le monde.
En intégrant directement les jeunes au projet, les frontières deviennent floues, et il apparaît moins évident que ce dispositif peut perpétuer une certaine séparation et hiérarchie entre les jeunes et les salles art et essai. Le besoin de coordination et les logiques marchandes d’une salle rendent complexes l’horizontalité et la co-création. De plus, la capacité des jeunes à communiquer à leurs pairs sur les actions du cinéma et de leur groupe est limitée par une faible porosité entre les cercles sociaux (origines sociales, amitiés, âge, filière...), renforcée par le recrutement de bénévoles qui ont souvent un profil proche des publics et des professionnel·les des salles indépendantes.
C’est également en ce sens que Legon montre que, tout en évitant au maximum la contrainte, le travail d’encadrement d’un groupe passe par la recherche d’un équilibre entre « donner les clés » et « encadrer » les jeunes pour faire ce qui est convenu en salle. Le travail de médiation se situe aussi dans la transmission de codes et de savoir-faire/savoir-être spécifiques à l’exploitation. (Legon, 2019).
Outils pour une participation
En partant de ces constats et des expériences des salles du réseau, ce kit propose d’explorer des outils concrets pour faciliter la participation des jeunes. Dans la 1ère partie on posera les bases de la participation et des publics 15-25 ans, avant de montrer comment adapter l’accueil et la posture pour construire les conditions d’un groupe vivant et impliqué. Puis dans la partie 2, il sera question des réunions et de leur animation. Enfin, dans la dernière partie, vous sont proposées des recommandations sur la gestion de conflits et les situations délicates avec les jeunes.




















